Dans ma recherche j'étudie des stéréotypes de genre, de classe et de race de nos représentations visuels.
En effet, ces images sont recyclées et répétées par l'industrie du divertissement, elles deviennent ainsi des
modèles,
des effigies, des simplifications. Je me dessine une généalogie de ces représentations afin de mieux comprendre
comment
l'agentivité de ces images (agency), agit sur nos identités collectives. Ensuite, dans mes productions picturales,
textuelles et mes collages, j'expose ces poncifs, les questionne, les modifie, les déjoue.
Au commencement de cette histoire je partais du mythe de Pandore. "Jean-Baudrillard remarque que le mot de "fétiche"
dérive à l'origine du mot portuguais feitico, du latin factitius, qui a donné les mots espagnols afeitar, qui
signifie "peindre, orner, embellir", et afeite, qui signifie "préparation, ornement, produit de beauté". À ses yeux,
cette étymologie implique une homologie entre d'une part la figure fétichisée de la beauté corporelle, et de l'autre
le fétichisme de la marchandise." (Mulvey, 2019), je développais dans ma pratique ce trope
peinture-cosmétique-cinéma.
Je réalisais que c’est à un moment d'essor du capitalisme que l’on vit se populariser certains standards
d'identités
ainsi que les désirs normés qu'ils engendrent. Les majors, ces usines de production de films à Hollywood qui
vendaient du
rêve, comme la MGM ou la Fox, en furent le relais, ainsi que la télévision plus tard. L’économie du divertissement
prenait
de l’ampleur, comme le tourisme ou les transports. Le fordisme et le taylorisme avaient posés les bases de la
production de
masse et du travail à la chaîne notamment, qui s’appliqueraient ensuite à tous les domaines.
Je me suis intéressée ensuite au travail d'un cinéaste du nouvel Hollywood, Brian de Palma, qui réemploie à sa
manière,
des gimmicks du cinéma hollywoodien. Quant à moi, en tant que peintre, je me rendais compte du poids que pouvais
avoir
l'Histoire et les gestes des aînés·es artistes. Il me fallait alléger ce fardeau, que j'observais aussi avec
curiosité.
L'allègement s'est fait par le jeu, le déplacement, l'invention. Mon travail de collage des formes, des couleurs et
des
mots dans le tableau me permettait de mettre les choses à plat, de mieux voir ce qui m’entoure. À l’aide d’un large
panel
d’outils, je développais un répertoire de gestes desquels découlaient les formes de mes peintures.
Sur mes supports je travaille au pinceau, au rouleau, au feutre, au crayon, à la bombe aérosol, au scotch, au
cutter,
aux ciseaux à bois, je ponce, je découpe, je colle, je verse la peinture directement depuis le pot. Mes gestes sont
tour à tour rapides, lents, je peux repasser le même geste plusieurs fois, ou le répéter à différents endroits de
l’image.
Mon mouvement peut être circulaire, en zig zag, saccadé, tremblant... Dans ce langage des formes et des mots je
façonne
un répertoire de signes.
Certaines fois, pour comprendre les figures que j’observe je les reproduis en les expérimentant avec mon corps,
comme un mime j’ajuste la position afin d’éclaircir mon propos. Ainsi je joue des rôles d’égéries, je ré-agis
dans un rôle que je choisis, transforme et mets en scène. Parfois je me photographie et intègre ces nouvelles
images dans mes tableaux via le vidéoprojecteur ou l’image imprimée.
De la même façon, je voyais que dans beaucoup de nos magazines français actuels, le rêve américain semblait
étrangement intacte. Instinctivement j’utilisais la paronomase, le slogan ou l'aphorisme dans mon écriture et ma peinture à la manière d'artistes de la Picture generation.
J’ai continué mon travail d’analyse des médias et me suis concentrée sur les réseaux sociaux et leurs usagers·ères.
J’ai représenté ces derniers·ères sur le mode de l’épure. J’ai fais varier « le même », l’ai altéré, l’ai dispersé,
le faisant devenir tour à tour marionnette, cyborg, fantôme ou zombi. Ces figures apparaissent alors ambiguës car elles sont
modèles
agissants et destinataires des autres modèles agissants.